La reconnaissance de la palestine

Publié le par C Chitour

Un coup de tonnerre diplomatique: la Suède reconnaît l’État de Palestine! Au-delà de l’enterrement de première classe organisé par les médias mainstream pour ce scoop, il faut bien reconnaître que cette reconnaissance est plus symbolique que décisive. Vendredi 31 octobre 2014: la Suède prenait une décision historique en devenant le premier pays membre de l’Union européenne à reconnaître la Palestine :

«Le gouvernement considère que les critères de droit international pour une reconnaissance de l’État de Palestine sont remplis: il y a un territoire, une population et un gouvernement», a déclaré la chef de la diplomatie suédoise Margot Wallström lors d’une conférence de presse. «Le président Abbas salue la décision de la Suède» qu’il juge «courageuse et historique», a déclaré son porte-parole Nabil Abou Roudeina. «M. Abbas demande à tous les États dans le monde qui hésitent encore à reconnaître notre droit à un État palestinien indépendant sur les frontières de 1967 et ayant Jérusalem-Est comme capitale à suivre l’exemple de la Suède.»

«C’est un geste tout à fait fondamental qui dénote avec la violence des événements de l’été», souligne Jean-Paul Chagnollaud. professeur de sciences politiques à l’université de Cergy-Pontoise, et spécialiste de la question palestinienne. «Jusqu’à maintenant, tous les États du monde avaient reconnu la Palestine à l’exception des puissances occidentales. Cela dit, la reconnaissance suédoise démontre l’importance du droit international, qui semble être la seule voie pour débloquer la situation de ce conflit.»

La réponse méprisante d’Avigdor Lieberman «Le gouvernement suédois doit comprendre que les relations au Moyen-Orient sont plus compliquées que le montage des meubles Ikea, et qu’il faut agir en ce domaine avec responsabilité et sensibilité». «Je serais heureuse d’envoyer un meuble Ikea empaqueté à Avigdor Lieberman pour qu’il l’assemble. Il découvrira qu’il faut un partenaire, de la coopération et un bon manuel», a répondu Mme Wallström»

Jérusalem, capitale de l’apartheid, attend l’insurrection

Pour rappel, quelque 135 pays dans le monde ont reconnu la Palestine, dont, outre la Suède, sept autres membres de l’Union européenne. En Suède, la reconnaissance de la Palestine a soulevé la question de la reconnaissance par le gouvernement d’autres territoires, notamment le Sahara occidental, «Nous allons nous pencher sur le cas du Sahara occidental après un examen approfondi de la situation actuelle», a indiqué Mme Wallström.

Justement, l’Union européenne n’a toujours pas reconnu l’État de Palestine, malgré le prix de consolation de l’admission de la Palestine à l’Unesco. Dans le courant du mois d’octobre, le projet de reconnaissance de l’État palestinien a été symboliquement débattu par la Grande-Bretagne et envisagé «le moment venu» par la France.

L’initiative suédoise «a un effet diplomatique qui peut éventuellement faire boule de neige», considère pour sa part le professeur de droit international Ove Bring, interrogé par l’agence suédoise. Federica Mogherini, la haute représentante de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité a confié au Monde et à cinq quotidiens européens sa première interview et son projet. A la question: la Suède a reconnu récemment l’État palestinien, d’autres pays en débattent. L’Union pourrait-elle parler d’une seule voix à ce propos? Elle déclare: je veux forger une stratégie, une vision et une politique commune mais je connais les limites de l’exercice: la question de la reconnaissance d’un État est une compétence des États membres… ma première visite sera pour Israël et la Palestine. L’action européenne peut y être déterminante à ce moment clé, sans doute le plus difficile que la région ait connu. Nous aurons une discussion au sein du Conseil sur notre stratégie pour la région – ce qui inclut aussi le Monde arabe, le Liban la Jordanie, l’Irak, la Libye etc. Nous pouvons faire partager à ces différents acteurs la perception d’une menace commune, d’un intérêt commun et d’une urgence. Le moment me semble venu de favoriser une approche concertée, incluant la question de la Palestine et des relations entre le Monde arabe et Israël. En réalité, l’important pour moi n’est pas que d’autres États, européens ou non, reconnaissent la Palestine. Je serais heureuse si, au terme de mon mandat, l’État palestinien existait.»

Cette reconnaissance et nous le pensons, a valeur de symbole, elle a été annoncée dix ans après la mort de Arafat dans des conditions étranges. Ce que nous dit le PIR:

«Le 11 novembre 2004, il y a dix ans, s’éteignait à Clamart, à l’hôpital militaire Percy, le leader palestinien Yasser Arafat. Une perte immense pour le mouvement national palestinien Traversant l’histoire pendant près d’un demi-siècle, défiant une incroyable coalition d’ennemis acharnés à sa perte, Abou Amar avait permis et incarné la renaissance d’un peuple promis à la disparition par l’impérialisme et le sionisme. Or, aujourd’hui, les circonstances du décès pour le moins troubles de celui qui, de Beyrouth au désert libyen, mille fois avait échappé à la mort, conduisent plus d’un observateur politique à évoquer sérieusement la piste d’un assassinat diligenté par Ariel Sharon lui-même. A ce propos, non seulement les explications fournies à ce jour par le gouvernement français ne sont pas convaincantes (…) un laboratoire suisse sollicité évoque, lui, explicitement un empoisonnement au polonium.»

Vers une troisième intifada?

C’est par ses mots que Gedeon Levy journaliste et écrivain israélien, membre de la direction du quotidien Haaretz, identifié avec la gauche, écrit Haaretz, le 23 octobre tire la sonnette d’alarme:

«L’attaque terroriste de mercredi soir à Jérusalem écrit-il, n’aurait dû surprendre personne. Après tout, deux nations vivent dans le Pretoria de l’État d’Israël. Mais Jérusalem sombre dans les mensonges. Elle est devenue la capitale israélienne de l’apartheid. L’insurrection est en route. Quand la prochaine vague de terreur émergera des ruelles de Jérusalem Est, les Israéliens prétendront être surpris et furieux. Mais il faut dire la vérité: en dépit de l’incident choquant de mercredi, les Palestiniens se révèlent être une des nations les plus tolérantes de l’histoire. Arrestations massives, colons violents, privations, expulsions, manque de soins, dépossessions – et ils demeurent silencieux, excepté la récente manifestation des pierres. (…)»

«Un résident palestinien de Jérusalem poursuit Gedeon Levy, est maintenant en bien plus grand danger d’être lynché qu’un juif à Paris. Mais ici, il n’y a personne pour réveiller Caïn. A la différence du juif parisien, le Palestinien peut être expulsé de Jérusalem. Il peut aussi être arrêté terriblement facilement. Après que le jeune Mohammed Abu Khdeir de 16 ans ait été brûlé à mort, provoquant une vague de protestations, Israël a arrêté 760 Palestiniens dans la ville, dont 260 enfants. Combien de temps encore verront-ils leurs enfants craindre de quitter leur maison de peur d’être attaqués dans la rue par des hooligans? Combien de temps verront-ils leurs enfants arrêtés à chaque jet de pierre? Combien de temps observeront-ils l’abandon de leurs quartiers? Combien de temps consentiront-ils à leur expulsion tacite de la ville? Entre 1967 et 2013, Israël a retiré le statut de résident à 14 309 Palestiniens de Jérusalem, avec d’étranges prétentions qui ne s’appliquent à aucun de ses résidents juifs. N’est-ce pas de l’apartheid?»

Le spectre d’une troisième intifada plane. Depuis quelque temps la fréquence des heurts a augmenté d’une façon significative du fait des provocations à la fois des extrémistes qui veulent annexer le dôme du Rocher mais aussi du gouvernement israélien qui n’arrête pas d’exproprier et de construire de nouvelles habitations à Jérusalem Est Des heurts ont éclaté mercredi matin sur le site sensible de l’esplanade des Mosquées, troisième lieu saint de l’islam à Jérusalem-Est où les policiers israéliens sont entrés pour disperser des manifestants masqués, a indiqué la police. Les incidents se sont étendus à l’extérieur de l’esplanade des Mosquées, dans la Vieille ville de Jérusalem qui jouxte le lieu saint.

Pourquoi la communauté internationale reconnaît maintenant l’État de Palestine?

Les raisons de ce nouvel accès de fièvre n’étaient pas clairement établies. Mais des extrémistes juifs avaient appelé à se rendre massivement mercredi matin sur l’esplanade des Mosquées pour signifier leur soutien à Yehuda Glick. Cette figure de la droite ultranationaliste juive qui milite pour le droit des juifs à prier sur l’esplanade des Mosquées a été grièvement blessée par balles le 29 octobre à Jérusalem. Son agresseur présumé, un Palestinien, a été tué le lendemain par les policiers israéliens. Dans un climat de tensions exacerbées, la visite annoncée d’activistes juifs sur l’esplanade des Mosquées ne pouvait être perçue par les musulmans que comme une provocation supplémentaire.

Norman Finkelstein dont les parents sont morts en déportation et auteur d’un ouvrage de référence:

«L’industrie de l’holocauste», où il dénonçait l’instrumentalisation des massacres de masse du IIIe Reich à l’endroit des juifs a donné son point de vue dans un débat avec le journaliste Amir Oran, du quotidien israélien Haaretz Daily, sur la reconnaissance d’un État palestinien. Nous donnons ci-après quelques extraits de ses réponses: «Sur 193 États qui composent les Nations unies, 134 ont déjà reconnu formellement l’État palestinien. Dans cette intervention, Norman Finkelstein rappelle qu’Israël n’a jamais accepté de conclure la paix avec les Palestiniens, même aux termes les plus favorables, ayant toujours privilégié l’expansion au détriment de la sécurité. Selon lui, si de plus en plus de pays reconnaissent unilatéralement l’État palestinien, c’est parce que la communauté internationale a compris qu’Israël ne reconnaîtra jamais la Palestine et s’opposera toujours à ce qu’un État palestinien viable voie le jour.»

A la question pourquoi la reconnaissance de la Palestine par la Suède maintenant, Norma Finkelstein déclare:

«Je pense qu’il y a deux raisons principales à cela. La première est le dernier massacre israélien à Ghaza. Les Européens, en particulier, sont maintenant las de ces massacres qui se produisent régulièrement: l’un en 2008-2009, l’Opération «Plomb durci», l’autre en 2012, l’Opération «Pilier de défense», et maintenant cette dernière explosion de furie israélienne, l’Opération «Bordure protectrice». Ils en ont également assez car tandis qu’Israël détruit, ravage et saccage, c’est l’Europe qui est censée prendre en charge les factures et payer la note régulièrement. Israël a cette étrange conception selon laquelle les seules personnes au monde qui méritent des réparations pour les crimes qu’ils ont subi sont les Israéliens ou les juifs, alors que pour les crimes qu’ils infligent régulièrement aux Palestiniens, ceux de Ghaza en particulier, les factures doivent être payées par d’autres pays, notamment les Européens». La seconde raison est l’effondrement de l’initiative de paix de Kerry. Bien que Kerry ait offert à Israël tout ce qu’ils souhaitaient officiellement, à savoir l’annexion des principaux blocs de colonies, et la liquidation de la question des réfugiés palestiniens, Israël refusa l’offre dont les termes lui étaient si favorables.»

«Vous demandez inerroge Norman Finkelstein pourquoi est-ce que la communauté internationale réagit maintenant. Eh bien l’une des raisons, si vous avez suivi le débat de la Chambre des Communes (britannique) – et (…) Les faits qui importent, ce qu’il faut retenir est très simple: les Palestiniens, leurs dirigeants, durant les 20 dernières années déjà – en réalité plus de 20 ans -, ont exprimé leur accord aux termes du droit international pour la résolution du conflit. Israël, sous TOUS les gouvernements, Israël n’a jamais accepté un État palestinien dans toute la Cisjordanie incluant Jérusalem-Est et Ghaza, ce que le droit international détermine comme le territoire réservé à l’autodétermination des Palestiniens. Aucun des gouvernements israéliens n’a accepté de solution juste à la question des réfugiés palestiniens conforme au droit international, qui a également reconnu cela.»

«Un politologue israélien, Avner Yaniv, avait trouvé une belle expression: il parlait des «offensives de paix» palestiniennes. Ce fut la volonté de paix palestinienne, qui s’exprimait déjà au début des années 1980, ce fut la volonté de paix palestinienne qui poussa Israël à attaquer l’OLP en 1982, tuant entre 15 et 20.000 Palestiniens et Libanais, dont une écrasante majorité de civils. C’est lorsque le Hamas honora un cessez-le-feu qui fut négocié en Juin 2008, c’est lorsque le Hamas honora le cessez-le-feu qu’Israël l’attaqua, espérant provoquer une réaction qui puisse justifier une attaque contre Ghaza. C’est après que le Hamas ait rejoint le gouvernement de réconciliation, en avril 2014, il y a quelques mois de cela, et que [Mahmoud] Abbas ait accepté les termes de résolution du conflit, c’est à ce moment que Netanyahu s’est déchaîné, espérant provoquer une réaction violente de la part du Hamas.

Comment Norman Finkelstein voit-il la solution:

«Je pense dit-il que ce qu’il faut faire est évident. Premièrement, il doit y avoir une reconnaissance du droit des Palestiniens à l’autodétermination et à avoir un Etat. Deuxièmement, l’Occupation des Territoires palestiniens doit être déclarée illégale selon le droit international. Israël doit être mis en demeure du fait que s’il continue à violer le droit international, des sanctions vont être imposées contre Israël.» Israël a créé 250 colonies, occupées par 520 000 colons, depuis la guerre des Six-Jours en 1967. Le rapport du Conseil des droits de l’homme du 31 janvier 2013 soigneusement étouffé par les médias occidentaux stipule «Un nombre important de droits de l’homme des Palestiniens sont violés de manières et de façons diverses en raison de l’existence de ces colonies de peuplement», stipule le rapport. «Conformément à l’article 49 de la quatrième Convention de Genève, Israël doit cesser toute activité de peuplement dans les colonies, et ce sans conditions préalables, soutient le rapport. Il doit immédiatement commencer un processus de retrait de tous les colons des territoires occupés».

Où est le droit? Où est le Conseil de sécurité chargé de la paix du monde? Quand on pense que le lynchage d’El Gueddafi a commencé avec une fausse résolution, on est plus que jamais convaincu que les faibles ont toujours tort. La Palestine a été reconnue par 134 Etats et non des moindres ; Cependant qu’on le veuille ou non tout est lié à la position américaine et ce n’est pas demain la veille que l’on verra ce pays dicter le droit. Zbigniew Brzeziński l’ancien conseiller d pour la sécurité du président Carter, l’a bien dit : « Ou bien je définis la politique étrangère américaine ou bien c’est l’Aipac qui le fait ». Nous le confortons. C’est l’Aipac qui la fait. Dans trois ans, les Palestiniens boucleront un siècle de calvaire après que Lord Balfour ait promis à l’instar de Dieu , une Terre qui ne lui appartient pas à un peuple lui-même cananéen comme les Palestiniens, sauf qu’il est du bon côté de l’histoire . Il est fort à parier que nous fêterons une énième intifada et une énième invasion de la prison à ciel ouvert qu’est Gaza.

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